Voici le récit de mes aventures dans cette magnifique province du sud-ouest de la Chine qu’est le Yunnan et qui signifie au sud des nuages. Pour situer un peu les choses : le Yunnan est presque aussi grand que la France (20% en moins) et sa population s’élève à 45 millions d’habitants. C’est donc une province gigantesque que bien évidemment je n’ai pas pu parcourir de long en large. Le Yunnan est composé de nombreuses ethnies, les Hans étant majoritaires, comme dans quasiment tout le pays (92% de la population), excepté le Tibet.

Mon séjour dans le Yunnan a duré deux semaines pendant les vacances de Noël de l’année 2011. Je suis parti avec deux camarades de classe, eux aussi photographes à leurs heures perdues.

Kunming, capitale de la province, est le point d’entrée obligatoire depuis Beijing. Kunming est peut-être la capitale d’une province excentrée mais elle compte cependant 6 millions d’habitants, trois fois plus que Paris. Les chiffres continuent d’être vertigineux en dehors de Beijing. Difficile de trouver quelque chose de commun… La liste des monuments ou endroits intéressants n’est pas très longue. Il est possible de visiter un temple bouddhiste, où l’on peut manger un grand bol de riz pour la modique somme de 3,5 RMB (0,4 €) et où l’on peut admirer des pavillons restaurés mais aussi profiter d’une atmosphère étrangement calme alors que le temple se situe en plein centre de la ville.

Ou bien aller se promener dans le parc de Kunming, autour d’un lac pour y voir une impressionante nuée de mouettes. Le jeu consiste à nourrir les mouettes avec un morceau de pain entre les doigts. Très amusant de voir à quel point les mouettes sont précises à grande vitesse. Un petit marché existe, le marché aux fleurs et aux oiseaux, où des tas de vendeurs exposent leurs oiseaux, souvent très beaux, dans des cages en bois faites-main du plus bel effet.

À voir également, le temple d’Or ainsi que deux pagodes.

La vraie découverte réside à Shilin (mot à mot : la forêt de pierres). C’est un site classé par l’Unesco et qui est constitué de nombreux pitons rocheux karstiques. La superficie totale de cette merveille est de 26 000 hectares mais seulement une infime portion de 80 hectares est ouverte au public. Seuls inconvénients : le prix et la foule. 175 RMB (20 €), c’est sans doute un peu excessif. La foule également. Divisée en plusieurs groupes et menée par des guides en costume traditionnel, armés d’un mégaphone dont ils usent et abusent, on ne peut s’empêcher de constater que le lieu a perdu de sa magie pour devenir un lieu entièrement tourné vers le tourisme.

Pour rejoindre Dali, plus au nord, le train de nuit s’impose. Je m’attendais à vivre quelque chose d’éprouvant mais j’ai été agréablement surpris par la qualité de leurs trains. Les couchettes (par 4 ou 6) sont parfaitement propres, le wagon plutôt silencieux et sitôt le train démarré et les lumières éteintes, plus aucun bruit ou presque ne se fait entendre. Le terminus n’est pas à proprement parler à Dali, mais dans la ville nouvelle qui se trouve quand même à une trentaine de kilomètre de la vieille ville. Dali est une ville réputée en Chine pour ses vieilles maisons qui bordent de charmantes rues pavées. C’est agréable de flâner dans cette ville restaurée qui a su garder son charme, où les voitures sont rares mais les touristes toujours présents en grand nombre ! Dali est également réputée pour son marbre. Il est intéressant de noter que marbre se dit, en chinois, pierre de Dali.

Pour échapper un peu à cet afflux massif de touristes menés par des guides qui passent leurs journées à vociférer dans leur mégaphone (ce qui n’est pas très agréable pour découvrir et s’imprégner d’une ville), rien de tel qu’une randonnée dans les montagnes qui surplombent Dali. Le pic culmine à 4 100 mètres, excusez du peu. La montée est une véritable montée avec une pente indécente pour mes pourtant valeureuses jambes. Le chemin qui serpente au milieu des montagnes offre un panorama surprenant sur Dali et le lac qui la borde. Du chemin, on peut apercevoir les premières neiges, vraisemblablement 1 000 mètres plus haut. Le temps est bien entendu superbe et je dois avouer que j’ai beaucoup apprécié de randonner en polo en plein hiver dans les montagnes…

Une autre étape intéressante voire davantage est Shaxi. C’est un petit village perdu dans une plaine entourée de montagnes et qui fût auparavant un haut lieu de commerce de chevaux et de thé. Peu de touristes étrangers et encore moins de touristes chinois qui préfèrent les visites organisées dans des villes spécialement aménagées pour ça. Une ville somme toute authentique et bien agréable. En se promenant dans le marché, j’ai eu cette fugace impression de me retrouver quelques siècles en arrière : la viande gît sur les journaux et sur les planches, en plein soleil. Les bouchers n’ont pas vraiment l’air de se préoccuper des règles d’hygiène. Le dentiste arrache même les dents avec quelques instruments rouillés en plein air, visiblement sans prendre le temps de proposer une dose d’anésthésiant. Peut-être que finalement nous, Occidentaux, sommes devenus trop fragiles. Je me souviens d’avoir énormément apprécié les petit-déjeuners pris sur la grand-place du village, baignée par le soleil, et accompagné d’un morceau de musique classique provenant du café.

L’arrière-pays qui entoure Shaxi est somptueux, bordé de collines et de montagnes de part et d’autre où sont nichés de minuscules villages dans lesquels vivent les Naxi. Comme à Dali, le panorama au sommet des montagnes vaut largement l’effort fourni pour y arriver. On jouit d’une vue imprenable sur des dizaines de kilomètres. Effet garanti lorsqu’on se repose sous un pin pour échapper au soleil qui tape un peu fort pour ma peau qui n’était pas tellement adaptée à tant d’UV en hiver…

Une autre vraie découverte fût la rencontre d’un couple de vieux paysans des environs qui remontaient une route en tracteur. Mes camarades et moi-même souhaitions rallier un village éloigné pour tenter d’admirer un réservoir et nous étions quelque peu fatigués après avoir grimpé comme des chamois, certes, quelques centaines de mètres de dénivelés. Ce couple de paysans, qui n’avaient probablement jamais vu d’étrangers dans leur vie, nous ont bien gentiment permis de parcourir les quelques kilomètres que nous ne pouvions plus faire. J’en garde un très bon souvenir parce qu’ils voulaient nous emmener chez eux où, d’après ce que nous avons compris, se trouvait toute leur famille. J’imagine qu’ils voulaient avoir le plaisir de nous inviter pour partager un bon repas en bonne compagnie.

L’avant-dernière étape de mon périple dans la province du Yunnan est Lijiang, capitale du pays naxi. Cette ville ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. Les auberges, hôtels, échoppes et magasins (proposant d’ « authentiques » objets « artisanaux » tout juste sortis de l’usine) sont présents en grand nombre et cela gâche de façon certaine le charme de cette néanmoins jolie ville. Les bâtiments ont été et sont détruits pour permettre leur reconstruction. Cela donne certes un aspect neuf et joli à la ville mais elle manque globalement de charme. Un détail plein d’humour : certains panneaux sont traduits en français de façon approximative (la plupart le sont en anglais).

C’est à Lijiang que j’ai fêté Noël, avec mes camarades et d’autres routards du monde entier. Au menu : viande de yak (qui se déchire avec les dents à défaut de pouvoir couper la viande un peu trop dure), calamars et autres délices, le tout accompagné de vin chinois, passable, et de vin chilien, bien meilleur.

Étape culminante de mon périple au Yunnan, les gorges du Saut du tigre. La légende veut qu’un tigre ait franchi le fleuve Yang Tsé (le plus grand fleuve chinois qui descend du Tibet) pour échapper à un chasseur. Ces gorges sont parmi, dit-on, les plus belles de Chine. Elles sont aussi les plus profondes. Des sommets culminent à plus de 5.500 mètres nous laissant admirer des falaises abruptes de 2.000 mètres. Malheureusement un projet de barrage en aval des gorges risque de compromettre ce joyau de la nature d’ici 2015.

J’ai donc eu la chance de pouvoir randonner durant 2 jours le long de ces somptueuses gorges. En hiver, il y a peu de touristes et le temps est très agréable, ce qui permet de profiter un maximum des paysages. Le sentier qui serpente est toujours utilisé par les Naxi au quotidien. L’occasion de croiser quelques chevaux et chèvres. Le parcours est par moment vraiment raide et il faut puiser dans ses toutes dernières ressources pour arriver au bout des 28 raidillons. La récompense vaut largement les efforts faits pour en arriver jusque là : une plate-forme rocheuse qui surplombe le fleuve de 800 mètres permet d’admirer le fleuve et les montagnes qui l’enserrent.

Le ciel est d’une pureté incroyable dans cette région, ce qui ne me déplaît pas étant données les conditions épouvantables à Beijing en matière de pollution. Les étoiles brillent intensément et sont d’une rare beauté, l’occasion idoine pour faire des photos en pose longue.

Le retour vers la civilisation a été une autre aventure. Dans la remorque d’un camion qui filait plus vite que le vent, ralentissant à peine dans les virages (sans garde-fous, bien entendu…). Le contraste était saisissant entre les gorges vues de haut à l’aller et presque au niveau du fleuve au retour.

Ce voyage dans le Yunnan qui a duré 15 jours était une fabuleuse aventure et expérience inoubliable.