Le chemin de Stevenson

Mû par l’envie de reprendre — et d’achever — le chemin de Stevenson depuis son départ du Puy-en-Velay, et par celle de prendre un congé long et dépaysant, j’ai pris à l’été 2022 trois pleines semaines de vacances. Deux années auparavant, j’avais débuté le GR 70 (ou chemin de Stevenson) et marché quelques jours dans les paysages splendides du Velay. L’année suivante, j’avais proposé cette idée à un ami, idée qui s’est finalement transformée et concrétisée en randonnée de Tours à Saumur.

Cette année, c’était la bonne. Fatigué, épuisé presque, par le boulot, la vie stressante de la ville avec son cortège de bruits, de sollicitations en tout genre et sa vie grouillante, le manque de verdure et de moments pour me ressourcer, j’avais grand besoin de vacances, et surtout qu’elle soient longues. Prendre trois semaines de congés estivaux résonnait donc dans mon être comme un besoin impérieux. D’autant plus que je crois beaucoup aux vertus de la marche, et en particulier de la marche en solitaire. La marche, c’est le mouvement de soi, non seulement le mouvement physique de l’être sur la terre, mais également un cheminement intérieur.

Les quelques jours passés avec deux amis en 2019 sur le chemin de Compostelle m’avaient interpellé : chemin faisant, nous croisâmes quelques randonneurs au long cours, seuls. Et l’ayant vu en 2019, l’offre en hébergement et commerces est profuse, ce qui fait que le randonneur isolé n’a pas de souci à se faire. Mais sur le chemin de Stevenson, moins connu et moins fréquenté, qu’en est-il ? Deux jours à randonner seul le temps d’un week-end n’en font pas vingt. Autant d’interrogations auxquelles j’ai essayé de répondre en préparant pour la troisième fois l’itinéraire. Quelques années plus tard, c’est donc à mon tour de me retrouver dans cette posture. Seul, mais non dans la solitude, j’ai marché du Puy-en-Velay jusqu’à Arles.

Parcourir le chemin de Stevenson ne prenant qu’une douzaine de jours, du Puy-en-Velay jusqu’à Alès, il me fallait alors trouver une suite à donner à celui-ci afin de pouvoir marcher durant trois semaines pleines sur le chemins noirs, comme les nomme Sylvain Tesson dans son livre éponyme, chemins situés loin des centre urbains et qui permettent d’aller à la rencontre de ce qu’on appelle communément la «France profonde». C’est donc tout naturellement que j’ai orienté mon choix sur un tronçon du chemin de Régordane (ou GR 700). Ce chemin a lui aussi pour point de départ le Puy-en-Velay et se termine à Saint-Gilles-du-Gard, dans la Camargue.


Matériel

La randonnée prévue étant particulièrement longue (ma première expérience sur cette durée), j’avais prévu de marcher léger voire ultra-léger. Les achats que j’avais effectués étaient tournés vers cet objectif d’avoir du matériel de qualité, léger et d’emplois multiples.

Ainsi donc, pour ces trois semaines de randonnée, le poids de base de mon sac (hors vêtements portés, eau et nourriture) s’élevait à 6,9 kilos (liste ici), soit un un peu plus que les 6 kilos que je visais initialement. J’ai cependant préféré partir en mode confort avec le topoguide du GR70, une batterie pour recharger mon téléphone et un poncho pour protéger mon matelas durant la nuit. 6 kilos en poids de base étaient sans doute atteignables, voire 5 kilos en changeant mon sac. Ma prochaine randonnée le dira…

Excepté durant deux événements particuliers et semblables, je n’ai pas eu de problème particulier durant ces trois semaines avec le matériel emporté. Les vêtements en mérinos que j’avais achetés pour l’occasion (T-shirt, boxers et chaussettes) ont parfaitement joué leur rôle de régulateur de température et d’humidité, en plus de ne pas dégager trop d’odeur à l’usage. Fidèle à moi-même, j’avais emporté mon tarp. Léger, pratique et versatile, c’est un très bon choix lors d’une sortie sur un week-end ou un tout petit peu plus. En revanche — et je m’en suis aperçu assez vite — ce choix n’était pas des plus judicieux pour cette randonnée de trois semaines.


Paysages

Tout au long de ces trois semaines de marche se dévoilent différents paysages : aux plateaux du Velay surmontés de cônes d’anciens volcans succèdent le territoire du Gévaudan, bien connu pour la légende de la fameuse bête, puis le relief majestueux du mont Lozère. En redescendant de ce promontoire pelé, les Cévennes viennent à notre rencontre, et c’en est fini du relief. Après Alès, c’est la Corbière, puis la Camargue qui s’étalent à perte de vue, aussi plates qu’un marbre de cheminée, où toute déclivité est proscrite…

Passée la banlieue du Puy, la campagne majestueuse apparaît, et avec elle le silence, d’or. Les anciens volcans se devinent un peu plus à chaque pas, et il devient alors possible d’imaginer le passé tumultueux des âges lointains. La couleur de la roche en témoigne : elle est tantôt le noir du basalte, et tantôt le sang-de-bœuf de la pouzzolane.

De vastes paysages s’étalent entre le Bouchet-Saint-Nicolas et Pradelles. Par certains aspects, ils m’ont rappelé les Causses : larges étendues de plaines, encadrées par de petites collines ici et là, où le regard porte au loin et cherche le chemin à suivre dans l’immensité.

Le mont Mézenc se devine dans le lointain

Tout au long de mon périple, je verrai apparaître de nouvelles espèces d’arbres. Ce seront d’abord les sorbiers après l’abbaye de Notre-Dame-des-Neiges, puis les châtaigniers lorsque les Cévennes se dévoilent.

La traversée d’une forêt me permet de suivre quelques instants la source du Lot. À cet endroit, ce n’est qu’un mince filet d’eau, presque fragile, et celui-ci n’a rien à voir avec ce qu’il devient, le cours d’eau majestueux qui coule à Cahors, gonflé et renforcé tout au long de ses pérégrinations et méandres. Au détour d’un chemin, en sortant de cette forêt, s’est dévoilé le mont Lozère. Imaginant un mont isolé, délimité et précisément défini dans l’espace, je ne m’attendais pas à faire la rencontre d’une immense nef, massive et étalée sur des kilomètres.

Au Nord-Ouest de Nîmes, dans sa périphérie immédiate, se trouve le Clos Gaillard, espace naturel de 260 hectares constitué d’une forêts de divers arbres (chênes, pins), d’une pineraie expérimentale, de nombreux murs de pierre sèche (remarquables) et surtout de très impressionnants capitelles qui sont d’anciens abris pour les bergers.

Enfin, la Camargue s’ouvre à l’approche de Saint-Gilles-du-Gard. D’elle, je ne verrai pas grand chose, excepté ici et là où des trouées me permettent d’être le spectateur, comme ici sur l’ancienne voie de train entre Saint-Gilles et Arles d’un combat opposants deux boucs d’un même troupeau de chèvres sans doute sauvages. Sur la même voie de chemin de fer, une trouée s’entrouvre et me laisse apercevoir un tableau splendide de chevaux camarguais. Ou encore ces graminées que j’ai mis du temps à identifier : le fameux riz de Camargue.


Mon coup de cœur sur le chemin de Stevenson

Incontestablement, l’étape entre le Bleymard et le Pont-de-Montvert, et permettant de franchir le mont Lozère, est celle que j’ai trouvée la plus belle, et fait partie des étapes marquantes de mon périple. Passée la station de sports d’hiver du mont Lozère, l’ascension se poursuit vers le sommet. Les versants sont pelés et recouverts de bruyère et de myrtilliers. À cette saison, cela donne une robe rouge aux flancs du massif. La pente est douce, jalonnée de montjoies, ces grandes pierres permettant aux bergers de se répérer dans la brume ou lorsque le chemin est recouvert de neige. Le sommet est presque plat et la météo, qui s’annonçait mauvaise, est relativement clémente pour admirer le paysage. Je suis particulièrement heureux d’aperçevoir le causse Méjean tout à côté et sur lequel j’ai pu randonner à deux reprises. Les falaises déchiquetées et délimitant le causse se dessinent très bien de loin. La vue est vraiment très belle et j’ai pris beaucoup de plaisir à contempler au loin les différents massifs.

Durant la descente depuis le sommet, la vue est exceptionnelle : partout, ici et là, d’énormes blocs de pierre ornent la campagne et la plupart ont été tellement polis par les âges que certains arborent une forme sphérique. Certains, parmi ceux de taille moyenne, ont été utilisés pour former des murs et des clôtures. Le gris des rochers conjugué au blond des herbes forment un joli tableau, très pittoresque. Il est difficile de décrire ces paysages tellement ils sont beaux et variés. Le GR croise d’anciennes fermes en pierre dont les murs sont constitués d’énormes moellons et le toit paré avec des lauzes. Ces habitations ont un aspect simple et rustique, mais paraissent indestructibles.

Au petit matin, au départ du Pont-de-Montvert, la sente est raide et semble toute de pierres pavée. Même si le soleil n’est pas encore levé sur le village lové dans la vallée, l’on devine toute la beauté des maisons qui s’y cachent pour quelques instants encore.

Passée la montée, un plateau apparaît, très mignon avec ses enclos à vaches, ses grandes pierres posées ci et là, et ses hautes herbes blondes.

Dans la même étape, le signal du Bougès en est le point culminant mais c’est un peu plus loin que la vue est la plus belle. Un gigantesque cairn invite à faire une pause pour admirer la vue grandiose. C’est tout un panorama qui s’offre alors à la contemplation ; en balayant depuis la gauche : les Cévennes, les Causses, les falaises creusées par le Tarn et le Tarnon, ainsi que le majestueux mont Lozère.


Épisode cévenol

Arrivé à Russan (entre Alès et Nîmes), j’en profite pour monter dans les hauteurs afin de profiter de la vue sur les gorges du Gard (ou Gardon). La vue depuis le promontoire est très belle, on contemple le travail de l’eau sur la roche et le temps qu’il a fallu pour creuser près de 100 mètres de falaise. Le temps est couvert mais n’apparaît pas menaçant, j’en oublie complètement de regarder la météo pour la nuit. Sans quoi j’aurais vu que Météo France avait émis une alerte rouge sur le département du Gard… Je me hâte de monter mon tarp et de bâtir un muret en grosses pierres afin de dévier les éventuelles eaux de pluie. Après m’être assuré de disposer d’un abri résistant avec peu de prise au vent, un sentiment étrange m’assaille lors de mon dîner. Je me sens stressé, la boule au ventre et je mets un certain temps à comprendre que la cause réside dans le fait de vouloir bivouaquer sur les hauteurs malgré le temps extrêmement lourd et orageux depuis plusieurs jours déjà, ainsi qu’un ciel couvert. Dans ces conditions, je me donne la liberté de quitter mon bivouac pour rejoindre le village en cas d’orage violent. À cette fin, je planifie de ranger mon sac et placer mes affaires sensibles dans les sacs étanches.

Avant de me coucher, je constate que les orages passent de part et d’autre de mon bivouac, ce qui me rassure sur la suite des événements. Je me couche donc plutôt confiant pour la nuit. Cependant, je me relève une ou deux fois après m’être couché, un peu inquiet des nombreux éclairs qui éclatent haut dans le ciel, à l’intérieur des nuages.

Hélas, à 23h30, d’autres éclairs beaucoup plus proches de mon bivouac me réveillent, bientôt suivis par une pluie forte. Je m’extrais rapidement de mon tarp, apeuré, il faut l’avouer, que la foudre ne frappe sur mes bâtons qui servent de mâts à mon abri. Je constate alors que la pluie est très intense, et que les éclairs sont très impressionnants… L’intensité de la peur qui m’a saisit monte d’un degré et je comprends alors que j’ai dépassé la limite du danger. En conséquence, et comme prévu, je décide de quitter mon bivouac pour rejoindre un abri dans le village de Russan en contrebas. J’attrape ma polaire, puis après un temps de réflexion également mon poncho. La demi-heure qui a suivi aurait pu avoir sa place dans un film catastrophe. En partant, je tentais de protéger ma polaire avec mon poncho, peine perdue… Après plusieurs centaines de mètres, je réalise que la pluie est vraiment très forte et que je vais être trempé d’ici peu si je ne mets pas à l’abri sous mon poncho. Avec le vent, je peine à enfiler correctement mon poncho et son efficacité est précaire. Mon téléphone me sert de lampe et de GPS pour retrouver ma route dans la nuit. Il pleut tellement que j’ai peur de noyer mon téléphone et je le place donc derrière mon poncho, ce qui réduit d’autant l’efficacité de l’éclairage. Tant bien que mal, et après un détour, je retrouve le bon chemin pour redescendre. Sur quelques hectomètres, le chemin descend, raide, rocailleux et dangereux. Ici, désormais, c’est un torrent d’eau qui dévale le sentier. Je descends vite mais prudemment, en sachant qu’il ne faut surtout pas que je fasse d’erreurs à ce moment précis ; je n’ose imaginer si c’était le cas. La descente se poursuit, l’eau dévalant de plus en plus et noyant davantage le chemin. La pluie intense continue de plus belle et je me retrouve complètement trempé. Au bout de plusieurs dizaines de minutes, un mur en pierres apparaît, m’invitant à penser que le village est tout proche. Village qui apparaît enfin, ses routes noyées sous l’eau… L’eau dévale les ruelles en pente, c’est très impressionnant ! Perdant de longues minutes, j’erre dans le village pour trouver un abri. Finalement, je trouve refuge sous une marquise, sous laquelle je resterai jusqu’à 6h30…

Étant complètement trempé, je sais qu’il est vital de ne pas me refroidir et faire sécher mes vêtements. J’essore le tout et renfile mon t-shirt et ma polaire afin que ma température corporelle les sèche. Les heures de veille seront ponctuées de marche et d’exercice pour me maintenir en température. Après l’orage qui m’a sorti de mon abri, suivront deux autres (dont l’un était de force équivalente). Ce qui m’a le plus frappé, ce sont les éclairs intra-nuageux qui se sont succédés de façon ininterrompue durant deux heures. À nouveau : des éclairs deux heures durant, sans répit, toutes les secondes. Je n’avais jamais vu cela auparavant. En tout et pour tout, les éclairs dureront huit ou neuf heures… De façon surprenante, ces six heures d’attente n’ont pas été interminables.

Lorsque l’aube commence à poindre, je décide de remonter sur les falaises pour constater les dégâts de l’orage. La longueur du trajet m’étonne, je ne me rappelle pas avoir autant marché la veille pour me mettre à l’abri au village. Je sais à quel point une situation de stress peut dilater le temps, mais je ne peux m’empêcher d’être surpris. Arrivé sur place, tout est trempé malgré lea protection du tarp. Mon duvet est cependant le seul élément à avoir presque réchappé au déluge. Un des bâtons est à terre, et démontre la force du vent de la veille. J’avais pourtant pris garde à utiliser toutes mes drisses et sardines pour assurer au mieux l’ensemble.


L’instant

Une fois que nous sommes à l’arrêt, c’est-à-dire sans mouvement, le temps s’écoule avec lenteur. Les minutes, les heures, révèlent alors leur véritable pouvoir, celui d’étirer le temps presqu’à l’infini. Le temps est long, à la condition de savoir saisir cet instant offert. À la ville, ou dans n’importe quel endroit avec force sollicitations, une heure dure une seconde, et une journée, une heure. Pris dans et par le rythme absolu du travail, nous sommes happés par cette mécanique de précision et il devient difficile de s’en extraire. Ici, sur le Chemin, on vit au rythme de l’astre solaire ; sa lumière redonne ce rythme depuis si longtemps perdu. Il faut être humble pour accepter de se plier à ses caprices et à son implacable exigence.


Patrimoine

Le chemin de Stevenson est l’occasion d’aller à la rencontre des monuments et du patrimoine historique, ainsi que de leur histoire, souvent riche, parfois tumultueuse si l’on se réfère à la révolte des Camisards — prenant sa source au Pont-de-Monvert que je traverserai — qui a suivi la révocation de l’Édit de Nantes. En effet, une fois entré dans les Cévennes, je croiserai, en plus des églises, des temples protestants dans la plupart des villages. Parfois, au cours de l’histoire, un temple a pu devenir une église, ou inversement.

Pradelles, jolie bourgade endormie où je ferai halte en début de parcours, dont l’entrelacs de ruelles sinueuses et tortueuses recèlent de trésors qui ne demandent qu’à être découverts : maisons de pierres, courettes où il ferait bon passer quelques instants à l’ombre, ou dégagements qui laisse admirer la vue sur le lac de Naussac.

Ruelle à Pradelles, toute de maisons de pierre vêtue

Plus loin sur le chemin, parce qu’il est interdit de bivouaquer aux alentours de l’abbaye Notre-Dame-des-Neiges, je profite de l’étape pour passer la nuit à l’hôtellerie : grande joie de dormir à nouveau dans un lit ! Ce serait faire injure à cette abbaye que de la réduire à ses deux visiteurs les plus connus : l’écrivain Robert Louis Stevenson qui y a en effet séjourné en 1878 lors de son fameux périple sur le chemin éponyme et qui a été popularisé par le livre relatant ce voyage, suivi quelques années plus tard en 1890 par Charles de Foucauld qui est entré à l’abaye comme novice avant de partir au Sahara. L’abbaye qui se dresse de nos jours est en réalité la troisième. La première a été édifiée à quelques centaines de mètres du site actuel, et dont les ruines sont encore visibles depuis le chemin. La seconde se dressait à l’endroit des caves actuelles, mais a été détruite en 1912 par un incendie. Lors de mon séjour à l’abbaye, une transition s’opérait entre les moines cistersiens trappistes, sur le départ pour rejoindre l’abbaye de Tamié, et quelques sœurs de l’abbaye de Boulaur envoyées pour pérenniser la présence monastique à Notre-Dame-des-Neiges. Deux expositions intéressantes étaient présentées dans une salle de l’abbaye : l’une sur les moines en partance et l’autre sur Charles de Foucauld.

À Saint-Julien-d’Arpaon, le GR emprunte l’ancienne voie de chemin de fer (écartement métrique) qui ralliait Florac à Sainte-Cécile-d’Andorge (49 km). En parcourant cette ancienne voie sur une fraction de sa longueur, j’ai tenté d’imaginer le travail de forçat et les efforts — beaucoup de sueur, peu de dynamite — qu’il a fallu déployer pour construire cette voie qui passe son temps à plonger dans les massifs et à voltiger au dessus de la Mimente.

Après Alès se trouve le très joli village de Vézénobres, perché sur une colline et dominant les alentours. Rares sont les rues qui ne sont pas déclives ; parcourir le village se mérite. Il y a toujours une petite ruelle qui cache une surprise : ici, des vestiges du château, là un passage sous la mairie, ou encore un panorama sur la vallée.

La Calmette, dernier village avant Nîmes, recèle une surprise : une circulade ou bourg de plan circulaire, en forme de coquille d’escargot.

Pénultième étape de mon périple, Saint-Gilles-du-Gard abrite de très jolies maisons anciennes et une splendide abbatiale du XIIe siècle. Sa façade remarquable accueille trois portes monumentales et est richement décorée. Derrière l’église actuelle, il est possible d’admirer les ruines de l’ancien chœur qui montre les dimensions gigantesques de l’abbatiale telle qu’elle était avant différentes étapes de démolition par les protestants et les révolutionnaires. La longueur originale de l’abbaye était de 98 mètres, contre moins de 50 aujourd’hui. Ici se dresse encore un pan de mur où se trouve la vis de Saint-Gilles, un escalier en colimaçon, véritable merveille de taille de pierre (stéréotomie) et de maçonnerie. On retrouve sur les murs des signatures datant de 1643…

Arles abrite un autre chef d’œuvre de stéréotomie, une splendide voûte au rez-de chaussée de l’hôtel de ville. L’audace de l’imagination de cette voûte, la finesse de ses lignes et la précision de l’exécution ne peuvent que susciter un immense respect pour les architectes et bâtisseurs de la fin du XVIIe siècle ; c’est en tout cas ce que j’ai ressenti en contemplant pour la deuxième fois cette stupéfiante salle.


Corrida

Bien qu’Arles consitue la dernière étape de mon itinéraire entamé au Puy-en-Velay, une surprise, de taille, m’attendait pour clôturer d’une belle manière ces trois semaines. En effet, mon entrée dans la ville coïncidait avec le week-end de la féria du riz, féria pendant laquelle différents événements avaient lieu : abrivado, corridas et novilladas dans les arènes. Afin de découvrir ce qu’était une corrida, j’avais donc décalé mon retour au lendemain. La corrida à laquelle j’ai assisté était une corrida goyesque, c’est-à-dire que le sable de l’arène était peint et il y avait un ensemble formé d’un orchestre et de chanteurs lyriques pour accompager le travail des toreros. Cette année, c’est l’artiste Belin qui a dessiné l’œuvre monumentale tronant sur le sable. Très moderne et déstructurée, à la façon de Picasso ou Miró.

A las cinco de la tarde (à 17h), les arènes sont presque remplies. Au moment de pénétrer dans l’enceinte, on ne peut s’empêcher de penser que l’on contemple un édifice de près de vingt siècles, toujours debout et toujours fonctionnel.

La corrida dure environ trois heures. Il est difficile de se faire une impression de ce spectacle. On sent bien que l’on a affaire à travers les costumes, les gestes techniques, la précison dans le déroulé des différents mises à mort, à ce qui s’apparente à de l’art. Mais il n’en demeure pas moins que c’est bien un animal que l’on met à mort et que l’on tue pour le spectacle. En effet, les sifflements et la bronca ne tardent pas à se faire entendre si le public est mécontent d’un des protagonistes de la corrida (matador, picador ou ou même taureau).


Rencontres

La marche, qu’elle soit en groupe ou en solitaire, est souvent le lieu de la rencontre, dans des refuges, gîtes, ou haltes en tout en genre. L’occasion de discuter matériel et itinéraires, de partager des conseils ou des bonnes idées, et de créer du lien dans l’instant présent.

Après avoir marché seul quelques jours depuis le Puy-en-Velay, et discuté en chemin avec quelques personnes, c’est à l’hôtellerie de l’abbaye de Notre-Dames-des-Neiges que j’ai fait la connaissance d’une multitude de randonneurs. Notamment de Gilles, retraité sportif et originaire de Dieuze (Moselle). Durant les jours qui ont suivi, je l’ai recroisé à plusieurs reprises et nous avons marché ensemble sur quelques étapes. La bonne humeur incarnée, nous avons beaucoup discuté et beaucoup ri tout au long des dizaines de kilomètres avalés.


Joies du bivouac

Parmi les nombreuses surprise que m’a reservé ce périple, il en est une qui m’a tout particulièrement marqué. C’était à l’arrivée de la quatrième étape, celle qui a mené mes pas de Pradelles à Cheylard-l’Évêque. Arrivé au village, je décide de poursuivre quelques kilomètres plus avant afin de trouver dans la forêt un emplacement approprié pour mon bivouac.

Ayant repéré un lieu adapté, à peine ai-je eu le temps de dresser mon tarp que la pluie a commencé à tomber. Hélas, je n’ai pas eu le temps de fixer correctement mon toit et j’ai dû attendre que la pluie cesse pour l’attacher correctement. C’est à ce moment qu’une nuée de mouches en a profité pour vrombir sous le toit de mon abri. Nuée qui n’a pas cessé de grossir pendant que je dînais, pour atteindre une bonne vingtaine d’individus, me contraignant à sortir de mon tarp et à marcher sans cesse sur la piste afin de ne pas me faire envahir. Ce manège, assez insupportable il est vrai, a duré trois bons quarts d’heure et s’est arrêté avec la tombée de la nuit. J’avais beau décimer leur rang, il me semblait qu’il y en avait toujours autant autour de moi…

Le matin, un peu après le lever du soleil, rebelote ! À peine étais-je sorti de mon bivouac qu’elles se sont à nouveau agglutinées à moi. Il aura fallu que je quitte la forêt pour en être débarassé. De tout mon périple de trois semaines, il s’agit du seul endroit où je connaîtrais ce phénomène…


Étapes

  1. Le Puy-en-Velay
  2. Courmarcès
  3. Lac du Bouchet
  4. Pradelles
  5. Cheylard-l’Évêque
  6. Luc
  7. Abbaye Notre-Dames-des-Neiges
  8. Chasseradès
  9. Le Bleymard
  10. Le Pont-de-Montvert
  11. Florac
  12. Ancienne gare de Cassagnas
  13. Saint-Germain-de-Calberte
  14. Saint-Jean-du-Gard
  15. Alès
  16. Vézénobres
  17. Russan
  18. Nîmes
  19. Saint-Gilles-du-Gard
  20. Arles