À la faveur d’un long week-end de décembre, j’ai pu grimper quelques jours dans les calanques de Marseille. J’étais invité par Maxime, ancien collègue et encadrant du cycle Falaise du CAF de Lyon auquel je participe cette année.

Les calanques ne m’étaient pas inconnues, en particulier celles situées en bordure de Cassis (Port-Miou, Port-Pin & En-Vau) puisque j’avais été en villégiature par deux fois dans une très jolie villa sise sur le front de mer en périphérie de la Ciotat, avec une vue imprenable sur la baie et en particulier sur les canadairs s’entraînant à recharger leur réservoir en rasant l’eau.

Invité, je l’étais donc pour découvrir les calanques sous un angle nouveau, celui de la grande voie. Ce n’est que tout récemment que j’ai commencé à grimper en falaise sur des couennes qui sont des voies d’une seule longueur. La grande voie m’était donc inconnue et j’ai aussitôt saisi l’opportunité de pouvoir m’y initier.

Nous étions au nombre de cinq pour partager ces quelques jours. Avec moi étaient venus Maxime, Didier, Fanny & Roxana. Tous ont une bonne expérience de la grande voie, surtout les deux premiers qui sont encadrants au CAF.


Départ & mise en condition

Départ dimanche matin de Lyon dès l’aube pour avoir le temps de profiter de l’après-midi pour grimper. Max nous avait trouvé un logement dans le quartier des Baumettes, à quelques centaines de mètres de la célèbre prison éponyme. J’ignorais que ce quartier de Marseille était mitoyen du parc national des Calanques, et j’ignorais encore plus qu’une large partie du parc se trouvait dans Marseille.

Une fois arrivés et installés, nous rejoignons le parc des Baumettes à l’entrée de la calanque de Morgiou. Premières couennes pour s’échauffer en douceur sur un rocher poli et rendu glissant par la pratique. Un peu déçus par la qualité du rocher et l’ombre qui nous rafraîchit, nous nous déplaçons vers le vallon des Escampons pour profiter du soleil et d’un rocher de meilleure qualité. Délaissant pour un temps le sixième degré, je me frotte à une voie annoncée comme 5c+ par Didier. La voie est une belle dalle avec un pas très lisse à mi-hauteur offrant peu de prises aux mains comme aux pieds. Le pas est engagé et laisse imaginer une belle chute et un peu de peau râpée en cas de doute. Après m’être bien débattu dans ce pas en adoptant une variante de l’itinéraire de Didier, celui-ci m’apprend, alors que je suis arrivé en relais, qu’il s’est trompé et qu’il s’agit en réalité d’une voie côtée 6a+… J’enchaînerai ensuite avec une 6a avant de clôturer ma journée de grimpe.


La panthère rose

Deuxième jour et première grande voie pour mon anniversaire. Après avoir parcouru de long en large le topoguide des calanques, notre choix s’est porté sur la Panthère Rose. Partis de la plage de la calanque de Sormiou, nous effectuons une marche d’approche d’une demi-heure pour arriver au pied de la voie qui se trouve au ras de l’eau. La zone de départ est exiguë mais nous arrivons à nous y rassembler. Quelques recommandations et conseils sont rappelés, surtout à mon intention.

Au départ de la dernière longueur

Vient tout à la fin mon baptême de grande voie : la primeur d’ouvrir la dernière longueur qui se trouve être la longueur la plus longue et la plus délicate de la voie (5c+). Le crux se trouve quelques mètres avant le relais, dans une section verticale avec un léger surplomb. Le passage est difficile, surtout en tête, et oblige à se déporter dans une large faille dans un dièdre sur la gauche avant de se rétablir sous le piton de la dernière dégaine. Dans ce passage, je n’ai aucune envie de chuter en tête et de me râper le corps contre la roche. Alors, grimper, il faut s’engager, se faire confiance, ne pas trop hésiter et tout donner pour monter, tenir et mousquetonner. Puis, seulement, s’offrir le luxe de souffler.

Le crux tout juste franchi

Le crux passé, le dernier relais est rapidement atteint. J’effectue les manipulations qui me permettent de me vacher correctement à celui-ci pour me mettre en sécurité et pour pouvoir assurer les deux membres de ma cordée qui monteront en parallèle en léger décalé. Une fois tout le monde arrivé au sommet, c’est le moment de contempler la vue qui est magnifique : panorama à 360° sur la calanque de Sormiou, sa plage, l’enfilade des autres calanques jusqu’au cap Canaille et le Bec de l’Aigle, et l’archipel de Riou au Sud. Belle récompense !

Récompense au sommet !

À l’abri

La journée de mardi était annoncée venteuse, aussi nous avons préféré grimper sur l’arête des Baumettes, une grande voie de 4 longueurs abritée du vent et dans l’intérieur des terres. Les premiers relais permettent d’admirer la vue sur Marseille, et d’avoir un point de vue privilégié sur la prison des Baumettes.

Vue sur Marseille et la prison des Baumettes
Avant de partir, révision de l’assurage à mettre en place au relais

Dans l’après-midi, nous rejoignons un autre site d’escalade, la colline de Lun, où nos voies dans le 5e degré jouxtent à gauche et à a droite des sections dédiées au 7e degré. Les prises y sont rares quoiques plutôt bonnes. Cependant, le départ confronte aussitôt à des gros dévers. Regarder des grimpeurs expérimentés pratiquer ces voies doit être particulièrement intéressant et instructif. Pour ma part, je commence à être fatigué et m’étant froissé un muscle dans le dos, ce qui m’oblige à forcer un peu pour saisir les prises en hauteur, je clôture rapidement ma journée d’escalade.


L’Antécime

Mercredi, quatrième et dernier jour, retour à la calanque de Sormiou pour grimper une grande voie à quelques encablures de la Panthère rose. Cette-fois ci, nous rejoignons le Bec de Sormiou pour attaquer L’Antécime. Arrivés au pied de la falaise, l’impression qui domine, c’est que cette voie est vertigineuse ! 120 mètres de roche presque verticale à grimper en 6 longueurs, dont 2 que je grimperai en tête. À nouveau, départ presque au ras de l’eau. La voie est beaucoup plus variée que la Panthère Rose et sensiblement du même niveau.

Le temps est davantage couvert que lundi, cependant la vue sur l’archipel de Riou ainsi que sur la plage de la calanque est très belle. C’est sur ces belles images que nous quittons la calanque pour rentrer à Lyon.

L’archipel de Riou